INR – Groupe de Travail Souveraineté, Robustesse et Résilience

avril 7, 2026 Patrick Vincenti Article Low Tech

📅 Jeudi 26 mars 2026 | 13h00 – 14h00

FOLLOW US a eu le privilège de participer jeudi 26 mars à un groupe de travail de l’INR sur la Souveraineté, Robustesse et Résilience animé par Vincent Courboulay , Maitre de conférences HDR – La Rochelle Université, sous l’angle des technologies low‑tech et de leur pertinence pour construire des approches robustes, résilientes et souveraines.

Au programme :

  • La low‑tech comme levier de robustesse et de souveraineté : enjeux et perspectives
  • Présentation des conclusions du Livre Blanc publié en collaboration avec le CIGREF
  • Un temps d’échange et de réflexion collective sur nos pratiques

Je vous en propose une synthèse :

Vers un numérique résilient : low‑tech, souveraineté et adaptation en temps de permacrise

La deuxième réunion du groupe de travail de l’Institut du Numérique Responsable (INR) consacré à la résilience, robustesse et souveraineté a confirmé un constat désormais incontournable : la transition écologique et l’adaptation au changement climatique ne sont plus des options stratégiques, mais des impératifs immédiats. Dans un contexte de polycrise — crises climatiques, géopolitiques, énergétiques, financières — les organisations doivent désormais composer avec des perturbations fréquentes et durables. Le numérique, tel qu’il a explosé dans les années 80 90 dans l’illusion d’un monde stable, n’a pas été conçu pour affronter la permacrise actuelle.

Robustesse et résilience : un nouveau cadre stratégique

Les interruptions de chaînes d’approvisionnement, la hausse massive de la demande (+309 % sur certains composants) et la concentration géographique des ressources numériques – notamment en micro électronique – montrent que les risques ne sont plus théoriques. Ils sont devenus la norme.

Plusieurs exemples ont été présentés :

  • La pénurie de lames serveurs a poussé un éditeur de jeux vidéo à refuser l’arrivée de nouveaux utilisateurs.
  • La sécheresse à Taïwan a perturbé la production mondiale de puces, poussant la filière Numérique Responsable de BPCE à accélérer la réflexion sur l’allongement du cycle de vie des postes (actuellement 5 ans, étude en cours pour 7 ans).
  • Un intégrateur européen a dû repousser d’un an le lancement d’un cloud IA souverain au Luxembourg : 800 000 € d’investissement bloqués pour 1 000 € de cartes réseau indisponibles.
  • L’arrêt du support de Windows 10 et le passage obligatoire à Windows 11 (impliquant souvent le remplacement complet des ordinateurs “obsolètes” s’ils ne répondaient pas aux critères de sécurité) a été géré, dans certaines sociétés, en ne changeant que les composants strictement nécessaires, et donc à moindre coût.

Ces exemples démontrent que la robustesse d’un système dépend désormais autant des choix technologiques que de la résilience de sa supply chain.

La low‑tech : une réponse pragmatique, pas un retour en arrière

À l’heure où les discours oscillent entre accélération technologique et décroissance forcée, la low‑tech apparaît comme une voie alternative. Elle n’est ni une régression, ni un fétichisme technologique minimaliste.

C’est une démarche structurée, fondée sur la sobriété, la résilience et l’adaptation aux contraintes réelles.

La low‑tech numérique vise par exemple à :

  • prolonger la durée de vie du matériel,
  • réduire la dépendance aux ressources rares,
  • simplifier les architectures,
  • limiter les dépendances externes (notamment extra européennes),
  • prioriser le nécessaire sur l’accessoire.

L’exemple des véhicules Lada, robustes et réparables, a été évoqué comme une métaphore : un système simple, maintenable et conçu pour durer répond parfois mieux aux enjeux contemporains que des solutions complexes et fragiles.

Pour mieux comprendre cette approche, il est essentiel d’en rappeler les fondations.

Les quatre piliers de la low‑tech

  • Juste besoin
    On ne réalise que ce qui est réellement utile. Pas de sur fonctionnalité, pas de complexité artificielle : l’objectif est de répondre précisément au besoin, pas plus.
  • Simplicité
    Moins de complexité, c’est mécaniquement moins de fragilité. Les systèmes simples sont plus fiables, plus compréhensibles et plus faciles à maintenir.
  • Maintenabilité
    Ce qui compte, c’est la capacité à continuer à fonctionner dans la durée. Réparer, adapter, faire évoluer plutôt que remplacer : la priorité est à la longévité et à la réparabilité.
  • Autonomie
    Pouvoir utiliser, réparer et adapter une solution sans dépendre d’acteurs externes ou de ressources rares. L’autonomie limite les risques liés aux ruptures d’approvisionnement ou aux dépendances technologiques.

Ces quatre leviers offrent un cadre opérationnel permettant de concevoir un numérique mieux armé face aux crises, plus soutenable et moins dépendant d’écosystèmes fragilisés.

Stop aux fantasmes technologiques : une innovation recentrée sur l’essentiel

Le Ministère de la Culture illustre parfaitement cette volonté de sobriété numérique guidée par la maîtrise du risque. Son approche, particulièrement rigoureuse, repose sur une analyse fine et méthodique des besoins réels. Chaque année, près de quarante demandes de projets sont examinées, mais seuls trois d’entre eux sont finalement retenus. Les autres sont écartés car jugés redondants avec des solutions existantes ou reposant sur des « fantasmes technologiques » déconnectés du terrain. Cette sélection exigeante n’est pas un frein à l’innovation : elle garantit au contraire que chaque initiative s’appuie sur une connaissance intime du système d’information, évite les dérives technicistes et renforce la résilience globale de l’organisation grâce à une gestion des risques parfaitement assumée.

Souveraineté numérique : un critère désormais décisif

Au sein de BPCE, la souveraineté est devenue un critère de sélection explicite. Les éditeurs français et européens obtiennent des meilleures notations. Les exemples de la fonction publique (contrat souverain CANUT, UGAP favorisant le cloud français) vont dans le même sens.

https://www.linkedin.com/posts/gwilherm-le-donn%C3%A9-372550_souverainetaeznumaezrique-technologie-si-share-7424106510089281536-bCzG Lien LinkedIn associé

Des pratiques techniques adaptées : du matériel au logiciel

Allongement de la durée de vie matérielle

Exemple du CD06 :

  • conservation maximale des PC familiers déjà âgés de 4 à 6 ans ;
  • upgrade RAM (8 → 16 Go) ;
  • passage au SSD ;
  • remplacement ciblé de pièces (batteries, etc.).

L’achat de matériel reconditionné est évoqué mais jugé parfois trop problématique pour le SAV (ex. batterie ou touches défaillantes).

Réduction de la dépendance aux LLM publics

Certaines équipes expérimentent un retrofit du legacy :

  • passage d’un LLM cloud public → à un LLM local sur infrastructure interne → à du parsing classique lorsque cela suffit.

Une démarche low‑tech logicielle : réduire la complexité inutile.

La nécessité de la transparence : mieux mesurer pour mieux agir

Comme le rappelle Nicolas, la transparence est essentielle : comprendre les chaînes de dépendance, tracer les fournisseurs, évaluer la maturité technologique. Le benchmark KnowTheChain ICT 2025 ou l’indice de résilience numérique Ascend Partners permettent de progresser dans cette direction.

KnowTheChain ICT benchmark 2025: Supply chain traceability and transparency – Business and Human Ri…

Conclusion : naviguer entre retour en arrière et fuite en avant

Le numérique entre dans une ère de transformation profonde. La promesse de croissance continue et d’abondance matérielle n’est plus tenable. Il ne s’agit pas de renoncer à l’innovation, mais de l’adapter à un monde plus contraint et plus incertain.

La low‑tech apporte une voie pragmatique :
faire mieux avec moins, mais surtout faire plus robuste et plus durable.

La résilience numérique ne se décrète pas : elle se construit, par des choix technologiques mesurés, une meilleure connaissance de nos dépendances, et une souveraineté accrue dans un monde mouvant.

L’un des participants propose même la mise en place d’un système de récompense, tel que des “Gérards” ou des “Ignobels”, afin de promouvoir les bonnes pratiques et de mettre également en avant les pires pratiques, pour éviter de les reproduire. Affaire à suivre !

Actu INR:

Vers un livrable commun : adaptation, souveraineté, résilience

Le groupe de travail prépare un livrable structurant, incluant potentiellement :

  • un plan d’adaptation au changement climatique appliqué au numérique,
  • une grille de maturité et d’appétence à la low‑tech,
  • un référentiel commun de résilience et souveraineté numériques.

Ce travail s’appuie notamment sur le HIT Hub de l’INR :

https://gitlab.com/digitalresilienceinitiative/adri-irn

L’INR disposera également d’un créneau d’une heure au prochain Salon de la Souveraineté Numérique.